Hommage à Salim Helali à guichet fermé (Revue de presse)


Le Festival du Monde arabe a rendu hommage, dimanche dernier, au chanteur algérien Salim Helali, 10 ans après sa disparition et 40 ans après son passage à Montréal. A guichets fermés.

© Sofpic

C’est dans une salle comble de la place des Arts, haut lieu de la culture montréalaise qu’a été rendu l’hommage à Salim Helali. Les 400 billets se sont rapidement envolés, au point que les organisateurs ont dû annoncer sur Twitter et Facebook l’arrêt des ventes.
Quand SN production a décidé de rendre hommage à Salim Helali, ses responsables étaient loin de soupçonner qu’au bout de l’exercice ils allaient se retrouver avec un orchestre El Gusto montréalais, à l’image de celui fondé grâce au film-documentaire de Safinaz Bousbia sorti en 2011.

En chargeant Henry Abittan de former l’orchestre, la seule consigne qui lui a été transmise par les organisateurs était qu’il soit complet (cithare, violon…). Mission accomplie.

Ce natif de Casablanca, qui vit au Canada depuis les années 1970, a puisé dans l’orchestre des Amis de la musique andalouse de Montréal (AMAM), dont il était membre il y a quelque temps. Il a même convaincu le chef d’orchestre de l’AMAM, Salim
Bouzidi, de prendre part à l’hommage. Résultat  : un orchestre formé de musiciens de différentes origines et religions (juifs, musulmans…).  «Certains écartent Salim Helali de la liste des excellents chanteurs algériens simplement parce qu’il est juif et surtout parce qu’ils sont cons», tranche Kamal Almi alias Moh Kam, ancien journaliste à Alger, qui vit actuellement au Canada. Salim Helali est né à Annaba en 1920 dans une famille juive, originaire de Souk Ahras. A 17 ans, il part en France, à Paris. Le succès ne tarde pas à venir dans des clubs de flamenco. Il sera découvert par Mahieddine Bachtarzi.

Mohamed El Kamel lui écrira ses premières chansons qui connaîtront le succès (Andaloussia, Sevillana, Taali, Bine el barah ouel youm…). Mohamed Iguerbouchène lui écrira d’autres succès. En 1949, il s’installe à Casablanca (Maroc) et c’est le début de la période du cabaret Le Coq d’or. Il rentre définitivement en France en 1960.

«C’est un grand artiste algérien qui a fait connaître et voyager le patrimoine musical algérien dans le monde entier», explique Sara Nacer, fondatrice de SN production. « Tout le monde connaît les chansons de Salim Helali, mais beaucoup ne connaissent pas le chanteur. Il était capable de passer de l’est à l’ouest de l’Algérie.

A un certain moment on est à Annaba (Rimoune Rametni) et à un autre on est dans l’Oranie jusqu’au Maroc ou en Andalousie (La Sevillana et Andaloussia)», ajoute-t-elle.  «Son existence et son talent n’auraient pas vu le jour sans l’intervention du premier grand recteur de la Mosquée de Paris, Kaddour Benghabrit, qui dissimula ses origines juives et le fit  passer pour musulman durant les années d’occupation allemande, puis l’engagea comme chanteur au café maure de la mosquée», rappellent aussi les organisateurs.

Cet épisode déterminant dans la vie de l’artiste est raconté dans le film Les hommes libres, d’Ismaïl Ferroukhi, sorti en 2011. Salim Helali est mort à Cannes en juin 2005 à l’âge de 85 ans.

Samir Ben